Steve McCurry, le "Da Vinci" du National Geographic
Depuis maintenant une trentaine d'années, Steve McCurry parcourt le monde à la recherche de ce qu'il appelle « l'inattendu, le moment du hasard maîtrisé, qui permet de découvrir par accident des choses intéressantes que l'on ne cherchait pas. »
Membre de Magnum (signe des temps qui changent et deviennent se faisant impitoyables même pour les géants du photoreportage, sa consoeur, l'agence Gamma, vient quant à elle d'annoncer sa mise en liquidation judiciaire, avec un dépôt de bilan programmé pour décembre...), l'agence qui lui commanda ses plus marquants reportages photo, souvent publiés par cette autre prestigieuse institution, le magazine National Geographic, dont il est devenu emblématique ; voire encore le chef de file d'une nouvelle école esthétique, avec - presque - son dogme chromatique ("en technicolor", diront les plus sceptiques), son champ d'investigation géographique (l'Afghanistan, l'Inde, le Pakistan), ses sujets récurrents (les peuples exilés, démunis, dont nous n'avons bien souvent qu'une vision caricaturale via des médias trop pressés et superficiels, et trop préoccupés sans doute par le sensationnel).
Rendu mondialement célèbre pour son travail en Asie du Sud-Est, et surtout pour son fameux portrait d'une jeune refugiée afghane, Sharbat Gula Son auteur , à l'instar du grand Léonard, est d'ailleurs de la race des humanistes, comme l'atteste son parcours, son oeuvre, son rapport au monde. L'Américain est guidé par une curiosité innée et un sens de l'émerveillement à l'endroit du monde qui l'entoure et de chaque personne qu'il rencontre. Il est en outre dôté d'une singulière faculté lui permettant de traverser les frontières du langage et de la culture pour saisir des histoires relatives à l'expérience humaine.
« Pour devenir photographe, il faut partir de chez soi » assène McCurry, rappelant là une règle fondamentale que le romancier et grand voyageur Paul Théroux prolonge et radicalise : « Aller le plus loin possible. Devenir étranger en pays étranger. Apprendre l'humilité. »McCurry est donc bien devenu, au fil du temps, ce photographe idéal, patient, discret, respectueux des lieux et des peuples qu'il visite ; toujours soucieux de s'effacer et de ne rien bousculer, ne rien précipiter, pour mieux permettre au miracle de la vérité humaine d'advenir :
« De manière inconsciente, je crois que je guette un regard, une expression, des traits ou une nostalgie capable de résumer ou plus exactement de révéler une vie. Un visage qui reflète les conditions, la beauté ou/et le malheur d'un pays. Dans cette perspective, je peux rester des heures et des heures à observer les gens. Pour moi, ça reste toujours aussi passionnant. »
Malgré l'habitude et la répétition, ne jamais se blaser, ne jamais se lasser, au contraire.
Et ce désir, constant et manifeste, de créer du lien, une communication extralinguale :
« Sentir qu'il y a une connexion, un échange. Ça a souvent un rapport avec la personnalité et l'âme. La capacité aussi de se relaxer. Parfois, c'est le contraire qui survient. Un peu comme un mur imaginaire entre moi et l'autre. Dans mon livre de portraits, la plupart des images proviennent de petits moments fugaces qui surviennent au détour d'une rue. De brèves tranches de vie à attraper au vol. Le contraire d'une séance de photo planifiée, arrangée. »
« Dans [mes] portraits, il n'y a jamais de laideur... En conclure que j'ai une vision romantique donc embellie de l'Asie serait pourtant erroné. J'ai aussi des images dures (...). »
« La plupart de mes images sont fondées sur les gens. Je cherche l'instant suspendu, le moment où la vigilance se relâche, où l'âme essentielle surgit, l'expérience gravée sur le visage d'une personne. J'essaye ainsi de transmettre ce que c'est d'être cette personne, une personne capturée dans un paysage plus large que l'on pourrait appeler la condition humaine. »
C'est assez difficile d'expliquer clairement avec des mots ce qui m'anime vraiment. Par contre, avoir des expériences différentes chaque jour mène à un sentiment d'accoutumance. Jusqu'à preuve du contraire, ça me semble être la manière la plus excitante de s'occuper sur terre. J'ai d'ailleurs beaucoup du mal à imaginer ce que je pourrais faire d'autre de mon temps et de ma vie. »
« Ma vie est façonnée par le besoin irrépressible de vagabonder et d'observer, mon appareil en guise de passeport. »

Et pour finir, un petit florilège en mode no comment - comme un clin d'oeil à la chaîne d'information Euronews, où ces clichés trouveraient naturellement leur place :





















