Fragments littéraires #1 (chroniques éparses - Némirovsky, Barbery...)
Tiens, je vais consacrer ce billet à la compilation de quelques mini-chroniques littéraires postées de-ci de-là, sur différentes plateformes (le Visual Bookshelf de Facebook, surtout) et ici revues, corrigées et augmentées (rien que ça !) :
Le Bal, de Irene Némirovsky (réédition dans la collection Les Cahiers Rouges de Grasset, 2004)
La quatrième de couverture, éloquente :
"Récemment passés de la gêne à l'opulence, M et Mme Kampf décident de donner un bal. Leur fille Antoinette, qui vient d'avoir 14 ans, rêverait d'y assister. Mais Mme Kampf, peu soucieuse de présenter à ses admirateurs une fille déjà si grande, oppose un refus formel.
Antoinette ne préméditera pas sa vengeance : elle l'accomplira d'un geste, dans un état second... Elle sera terrible.
Par la cruauté et la drôlerie, par le courant de tendresse étouffé qui traverse ce petit livre étincelant, Le Bal est un des très rares chefs-d'oeuvre consacré à la description des tourments de l'enfance."
Un court roman écrit en 1930 qui décrit la vengeance cruelle d'une adolescente à l'encontre de ses parents nouveaux riches qui verront ainsi se retourner contre eux la férocité de leur avidité à entrer dans "le grand monde".
Une vrai réussite, à l'efficace concision : on lit cette histoire d'une traite, captivée par cette description acide de la fatuité de l'apparat et des protocoles mondains, et le souci du qu'en-dira-t-on.
Mon premier contact avec l'oeuvre de cette auteure majeure (disparue à Aushwitz, sa Suite Française [roman inachevé] lui valut un Prix Renaudot posthume en 2004) s'avère donc des plus satisfaisant ; d'autres suivront donc, sans nul doute, à commencer par le conte Un Enfant prodige dont je me suis procuré une version prometteuse lue par l'exquise Jeanne Balibar.
Un bouquin n'est pas un livre : les nuances des synonymes, de Rémi Bertrand (Points,
2006)
Un passionnant essai, parfois culotté (l'auteur, un jeune Belge gentiment provocateur et volontiers iconoclaste, y frise presque la mauvaise foi ) dont voici le principe :
Timide ou réservé, vélo ou bicyclette ? Quelle est la nuance ? Un dictionnaire des synonymes se contenterait de juxtaposer ces mots en proposant de remplacer l'un par l'autre. Mais l'art de la nuance, c'est faire jouer la langue dans ses plus fins rouages, lui permettre d'exprimer toute sa richesse et sa subtilité. Au travers de textes courts et de mots choisis, Rémi Bertrand invite à rendre leurs différences aux synonymes.
On y apprend vraiment des trucs inattendus sur des mots qu'on utilise souvent à tort et à travers ("frugal", par exemple). Aussi récréatif qu'instructif !
L'élégance du hérisson, de Muriel Barbery (Gallimard, 2006)
Le beau et astucieux titre (qui fut suggéré à l'auteure par son conjoint photographe - le sens de l'image ) est une judicieuse métaphore, ledit hérisson étant la concierge d'un immeuble chic dans un beau quartier de Paris. L'élégance qu'on lui prête ici fait référence à la discrétion caractéristique de ce petit animal insignifiant et "disgracieux" (ça se discute : on peut légitimement trouver la bestiole adorable - kawai, même, comme disent les japonais dont il sera d'ailleurs question dans ce livre) ; similaire à celle de Renée, qui passe pour un porc-épic à l'oeil torve (apparence avérée, qu'elle cultive méthodiquement !) aux yeux de (presque) tous les locataires peu sagaces qui la prennent ainsi de haut, ignorant tout de ses passions pour Tolstoï et Ozu, ainsi que son goût pour la philosophie et la peinture flamande.
Seule Paloma, ado suicidaire et surdouée, semble avoir percé l'improbable secret...
Un roman que j'ai découvert et dévoré sans a priori car sans entendre trop d'échos (laudatifs pour la grande majorité) ; sans quoi j'aurais dû l'aimer (car c'est bel et bien le cas !) en dépit de sa réputation élogieuse (Prix des Libraires 2006), mon esprit de contradiction pouvant parfois me jouer de drôles de tours...
Hum, accessoirement, l'auteure est une personne charmante, accessible et affichant une belle humilité. Une écrivaine à suivre, sans aucun doute.
A signaler encore que le livre vient d'être adapté au cinéma avec Josiane Balasko dans le rôle principal. J'avoue ne pas souhaiter confronter mon - encore - bon souvenir de lecture avec l'interprétation forcément réductrice qu'ont dû faire de ce succès littéraire un producteur avisé et son réalisateur kamikaze - adapter un tel ouvrage, bon sang !?
A suivre...